Le concept de « mixité sociale » qui domine les discours politiques sur l’organisation urbaine n’aurait-il que des avantages ? Cette sacro-sainte « mixité » est-elle la réponse idéale aux ghettos et au risque d’ »apartheid territorial » dénoncé jusqu’au sommet de l’Etat ?

Ce n’est pas l’avis des chercheurs en études urbaines et sciences sociales qui proposent cet ouvrage savant mais synthétique (une centaine de pages), appuyé sur les travaux les plus récents.

Le chapitre « Mixité, contrôle social et gentrification », axé sur l’étude de Paris, est sans doute le plus éclairant. Il démontre que la gentrification – ou « boboïsation » – des anciens quartiers populaires de la capitale a conduit à leur homogénéisation sociale. Or, pour être ouvertement tolérante, cette classe moyenne supérieure y développe des stratégies d’évitement à l’égard du reste de la population, désormais pour l’essentiel immigrée : « L’ambiguïté la plus criante se situe sans doute dans l’écart entre la valorisation de la mixité sociale dans l’espace public ou résidentiel et le rejet de la cohabitation scolaire ». Le « vivre ensemble » atteint vite ses limites…

A lire : Mixité sociale, et après ?, Presses universitaires de France, coll. La vie des idées, avril 2016, 112 p., 9 €.
Voir aussi : Les non-dits de la mixité sociale, Le Point, 26/04/206.
http://www.lepoint.fr/societe/les-non-dits-de-la-mixite-sociale-26-04-2016-2035031_23.php

427 000, c’est le nombre de ménages franciliens qui ont déménagé au sein de la région en 2010, selon une récente étude menée par l’Institut d’aménagement et d’urbanisme IAU Ile-de-France.

Et cet institut de préciser : « Pour les 427 000 ménages mobiles franciliens qui résidaient déjà en Ile-de-France un an plus tôt, le marché du logement reste avant tout un marché local, les déménagements s’inscrivant dans des territoires de proximité. Un tiers a déménagé sans changer de commune (35 %) et 15 % ont déménagé dans une commune limitrophe. Finalement, près des trois quarts n’ont pas dépassé le périmètre des trois couronnes successives de communes autour du lieu de résidence initial (300 000 ménages, soit 71 %). Cette proportion est stable au fil du temps : 70 % en 1999, 72 % en 2006« .

Des profils spécifiques que les professionnels de l’immobilier connaissent bien, et qui s’ajoutent aux 93 600 ménages ayant emménagé en Ile-de-France en provenance d’une autre région de France métropolitaine, et aux 123 100 ménages ayant quitté la région, toujours en 2010, constituant in fine des flux d’affaires très significatif.

Télécharger l’étude de l’IAU Ile-de-France, Note rapide n°715, mars 2016.

 

C’est ce que rappelle une récente étude sur la « fracture territoriale » publiée par le Secours catholique d’Ile-de-France.

Le constat n’est pas nouveau. Mais l’association s’appuie sur les actions de terrain de ses bénévoles, ainsi que sur les chiffres de l’Insee et de l’ARS et des indicateurs de pauvreté (logement, santé, éducation) pour estimer que « la fracture s’aggrave » entre territoire riches et pauvres. « La pauvreté s’accentue en intensité et en nombre de personnes. Et ce, dans les lieux qui sont déjà les plus pauvres ».

A savoir principalement en Seine-Saint-Denis, même si c’est Grigny (91) qui est considérée comme la commune la plus pauvre d’Ile-de-France, et devrait se voir affecter prochainement un délégué du gouvernement « pour prendre les problèmes à bras-le-corps » (Le Parisien, 12/04/2016).

 

Source : 20 Minutes, 11/04/2016.

Pour aller plus loin, télécharger l’étude « La fracture territoriale : analyse croisée des inégalités en Ile-de-France », Secours catholique d’Ile-de-France, février 2016.

75 000 : c’est le nombre de places d’hébergement d’urgence en Ile-de-France, selon la récente étude sur les « fractures territoriales » menée par le Secours catholique.

Dans ce rapport, l’association dénonce le manque places disponibles mais également une concentration des centres d’hébergements dans les zones les moins favorisées, « ajoutant ainsi de la pauvreté à la pauvreté » (Politis, 11/04/2016). C’est notamment le cas pour la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, deux départements défavorisés où se concentrent les logements et hôtels sociaux : 27 % du total rien que dans le « 9-3 ».

Par effet domino, les logements sociaux actuellement construits ne sont pas adaptés au profil des demandeurs« , souligne le Secours catholique, qui déplore le manque de logements dits « très sociaux » accessibles aux revenus les plus modestes, plus de 7 % des habitants franciliens vivant aujourd’hui avec moins de 750 euros par mois.

Source : étude « La fracture territoriale : analyse croisée des inégalités en Ile-de-France », Secours catholique d’Ile-de-France, février 2016.

Lien complet :
http://www.secours-catholique.org/sites/scinternet/files/publications/fractureterritorialeidf.pdf

Le dernier numéro hors-série de la revue Urbanisme intéressera tous ceux qui agissent pour la ville d’aujourd’hui – et de demain.

« L’expertise des usagers, le vécu des habitants et les aspirations des citoyens peuvent-ils devenir l’alpha et l’oméga des projets urbains ? Il est trop tôt pour s’en assurer« , relève de manière réaliste Jean-Michel Mestres dans son éditorial. Mais le besoin est là, son expression prend de l’ampleur, les pratiques s’en trouvent modifiées. »

À travers les comptes rendus des 36e Rencontres des agences d’urbanisme, organisées l’année dernière dans la capitale des Gaules, et des interviews complémentaires sur la métropole lyonnaise, ce numéro propose une véritable photographie des nouvelles formes d’action de « l’individu-citoyen » en milieu urbain. « Dans le contexte de bouleversement institutionnel (mise en place des grandes régions et des métropoles), c’est toute la relation au pouvoir local qui se trouve réinterrogée. »
Avec deux idées force : le « droit à l’expérimentation« , et la nécessité pour les élus de privilégier « un rôle de connecteur » plutôt que d’organisateur et de planificateur. Soit une façon originale de réhabiliter ce que le grand légiste du Moyen Age, Jean Bodin, avait déjà compris : « Il n’est de richesse que d’hommes« …

A lire : L’individu créateur de ville, dossier de la revue Urbanisme HS n°55,décembre 2015, 20 €, www.urbanisme.fr

45 heures par an : C’est le temps perdu par les conducteurs franciliens dans les embouteillages, selon l’étude réalisée par la société Inrix. Ce qui fait de Paris, sans surprise, la ville française la plus embouteillée. Mais, en revanche, seulement la quinzième à l’échelle de l’Europe et des Etats-Unis.

Londres se classe en effet en tête du classement, chaque conducteur y ayant perdu l’an dernier, en moyenne, 101 heures dans les bouchons – soit plus de quatre jours !

Le niveau record d’embouteillages à Londres s’expliquerait, selon Inrix, par l’importance des travaux routiers, destinés justement… à améliorer la fluidité !

A noter : pour la quatrième année consécutive, la congestion baisse dans les villes françaises – sauf à Paris (+0,1 % en un an). « Les conducteurs français ont perdu en moyenne 28 heures dans les bouchons, soit une heure de moins qu’en 2014 » assure en effet cette étude. Un phénomène qui s’expliquerait « en partie par le ralentissement de l’économie et par le taux de chômage élevé qui ont réduit le nombre de conducteurs et donc conduit à un trafic moindre« . Autre point plus positif, cette fois : la position pionnière du pays en matière de covoiturage qui a « conduit à une réduction des conducteurs sur les routes« .

Source :

Libération, 18/03/2016

Communiqué de presse de la société Inrix, 16/03/2016