PROFESSIONS IMMOBILIÈRES N°139

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Courage

J’ai eu le privilège de connaître Michel Rocard qui nous avait honoré de sa présence lors de notre assemblée générale 2010.
C’était un homme qui avait une v i s i on d e l a France et une connaissance approfondie de son histoire, l’une n’allant pas sans l’autre.
Devant le parterre des agents immobiliers, il s’était autorisé à dire que le meilleur système économique demeurait le système capitaliste, car il était le seul à générer innovation et progrès. Pour autant, il reconnaissait la brutalité de ce système qui devait donc être tempéré par des interventions de l’Etat pour ceux qui étaient marginalisés.
Il avait très tôt pris ses distances avec les idéologies car c’était un homme libre, reconnaissant les réalités, transgressant parfois les lignes politiques comme il y a quelques jours encore lorsqu’il prit position pour le brexit et déclara sans détour : « La gauche a perdu la bataille des idées ». Il forçait le respect et de nombreux hommes politiques devraient s’en inspirer. Je me souviens aussi de sa fascination pour les bons mots délicatement posés sur les bonnes notes, dans la bonne phrase pour faire passer idées et émotions.
Dans un autre registre, Madame Cosse, Ministre du logement, s’évertue à penser que l’encadrement des loyers à Paris régule les marchés, quartier par quartier et donc, a décidé de l’étendre à la région francilienne, malgré les oppositions de tous les acteurs du logement et des bailleurs.
De notre côté, nous attendons la décision du Conseil d’Etat sur l’action que nous avons entreprise avec la FNAIM, l’UNIS et le SNPI contre l’encadrement décidé l’an dernier sur Paris.
S’il faut combattre les abus, les dirigeants politiques semblent avoir oublié que les lois doivent s’attacher à organiser et harmoniser les intérêts généraux et non à régler des problèmes marginaux, particuliers ou conjoncturels. A force de légiférer à tout moment, en fonction d’émotions amplifiées par les médias, les citoyens ne respectent plus l’essentiel des relations humaines, c’est-à-dire les contrats qui font la loi des parties.
Dans nos métiers, il ne s’agit pas d’opposer les uns contre les autres mais au contraire de réunir : acquéreur/vendeur, bailleur/locataire, propriétaire/copropriétaire. Madame Cosse, Ministre du logement, devrait plutôt s’atteler à de vraies réformes, celle du milieu des HLM par exemple. Il y a tant à faire dans ce domaine !
Il faudrait un peu de courage pour organiser une mixité cohérente, intelligente et fluidifier le parcours résidentiel afin de ne pas attribuer des droits acquis à une époque où la mobilité est une nécessité.
Didier Camandona,
Président de la Chambre FNAIM du Grand Paris

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Revue "Professions Immobilières" n°139